¡la pendiente a la Arena!
Par Muadib, mardi 5 juillet 2005 à 12:20 :: Barcelone :: #3 :: rss
Dimanche 3 Juillet - Carrer Lancaster, 3 – Piso 5. 16h.
Après avoir péniblement gravi l’escalier jusqu’au cinquième étage, je franchis la porte ouverte de l’appartement. Les dégâts de l’inondation sont bien visibles. Le parquet a visiblement souffert mais reste encore présentable. Nous verrons plus tard.
La tristesse qui m’a saisie lorsque j’ai quitté Carlos et qui ne m’a pas quitté sur le chemin du retour disparaît. Je suis heureux de retrouver mes amis. J’apprends qu’Anthony est rentré avec un beau garçon, maintenant parti et que je n’aurais donc pas le plaisir de rencontrer. Julie et Julien se sont reposés.

Nous parlons, il fait chaud sur la terrasse, nous n’y restons pas. Je n’ai pas beaucoup dormi et je m’allonge près d’Anthony sur le canapé, puis Julie nous rejoint. Enlacés, nous somnolons, les yeux mi-clos comme de gros chats. Les heures passent.
J’envoie un SMS à Carlos. « I really loved these moments together. I would be happy to see you again ».
Nous sortons pour aller boire un verre sur la placa Real. Nous nous attablons à la terrasse d’un café. Je cherche Mucki du regard. Mais il n’est pas là ce soir. Lorsque l’on vient prendre notre commande, Julie demande en Espagnol avec encore quelques hésitations une orange pressée ou un Cacolac s’il n’y en a pas. Le serveur goguenard annonce « et un Cacolac, un ! ». Il est Français…

Nous descendons la Rambla, il est plus de 21 heures. La rue est animée. Les promeneurs et les touristes déambulent devant les mimes qui ont remplacé les fleuristes. On nous propose des canettes de bières. Nous passons devant le monument à la mémoire de Christophe Colomb puis nous abordons les nouvelles installations du port, Le Maremagnum, l’Imax.

Tout est désert et nous décidons de remonter vers la vieille ville. Nous traversons la Placa Palacio puis nous nous perdons dans les ruelles : pas un restaurant ouvert en vue. Finalement, comme toujours à Barcelone lorsque l’on ne sait pas où l’on va, on débouche sur la Rambla comme irrésistiblement attiré vers ce qui fût autrefois le cours d’eau de la ville.
Il est plus de minuit et faute de mieux nous dînons rapidement dans un très mauvais Bar à Tapas.
Lundi 4 juillet - L’Arena - Carrer Balmes, 32 – 2H
Nous avons abandonné Julie et Julien. Je suis impatient d’avoir des nouvelles de Carlos. Je lui trouve des excuses. Il doit dormir, lui n’est pas en vacances. Et dans quelques heures il devra aller travailler après la débauche de ce dimanche.
Nous arrivons à l’Arena. L’endroit ressemble au Dépôt à Paris : même ambiance glauque, même succession de petites alcôves autour d’une piste centrale. La musique n’est pas très intéressante, les hits des années 90 voire 80 se succèdent. Seul petit bonheur musical, un effet que le DJ introduit de manière parfaitement régulière durant trois morceaux. La nuit passe rapidement entre les vodkas et les tours sur le Dance Floor. Anthony et moi parlons de tout et de rien. Nous nous amusons finalement, nous sommes heureux, en vacances dans une ville dont nous sommes tombés amoureux et qui nous le rend bien.
Il est cinq heures du matin, c’est la fermeture. Nous sortons dans la rue et j’aborde un garçon à l’air sympathique, assez petit, très brun, mince, poilu. Je m’enquête d’un éventuel After, nous sympathisons très vite, je le trouve séduisant. Il est Vénézuélien et s’appelle Ricardo.
J’ai perdu Anthony de vue. Je le cherche du regard, il est de l’autre côté de la rue, en pleine conversation. Il nous rejoint bientôt, ainsi qu’Angel, un ami de Ricardo. Le comportement de Ricardo change étrangement. Ca ne passe pas du tout entre eux deux. Je crois que mon nouveau copain d’Amérique est… jaloux ! Mais de qui ? Est-ce parce qu’Angel s’intéresse à Anthony, ce qui semble réciproque ou est-ce parce qu’il s’inquiète de notre relation ?
Il n’y a pas de fiesta en vue ce matin. Nous allons boire une bière sur la Rambla. Les deux garçons sont fraîchement arrivés d’Amérique du sud et partagent un appartement avec des amis. Il ne leur est pas possible de nous recevoir. Nous ne nous voyons pas non plus partager à quatre le canapé-lit de notre petit deux pièces. Nous nous quittons. Ricardo me fait promettre de le rappeler.
Carrer Lancaster 3 - Piso 5. 7H
Nous sommes rentrés à l’appartement. Anthony est triste, l’air soucieux, le regard lointain, il a bien sa tête des mauvais jours. Nous nous déshabillons puis nous couchons, enfin je le questionne.
Il a rencontré son ami il y a plus de deux ans. Depuis plusieurs mois D. est gravement malade et Anthony a vécu avec le cancer, les examens et les traitements. Après une vigoureuse chimiothérapie les prémisses de la guérison sont arrivés. D. a repris du poids, les résultats des analyses sont paraît-il exceptionnels. Mais la passion et le désir ont disparu pour céder la place à la compassion peut-être même à la pitié. A Barcelone, pour le première fois Anthony revit. Son charme fait des ravages, il s’amuse. Bien sûr maintenant il culpabilise. Pourquoi est-il si heureux sous le ciel serein d’Espagne. Ne devrait-il pas au contraire s’inquiéter d’être loin de son ami. Aurait-il même dû partir ? D. voulait qu’Anthony reste à Paris. Et je ressens que les coups de fil journaliers échangés sont autant de reproches. D. est un garçon très subtil, il sait qu’il se passe quelque chose. Mais il est bien trop réservé et fier pour l’avouer.
Anthony réalise en ce moment qu’il n’aime plus D. et que leur relation a profondément changé. Je suis bouleversé d’être là à ses côtés, à cet instant précis.
Nous éteignons la lumière. Nous nous serrons l’un contre l’autre. Je n’arrive pas à dormir. Je voudrais tellement lui faire l’amour. Mon corps est en feu, je suis certain que mon sexe doit faire trois mètres de long maintenant. C’est intenable, finalement je vais sur la terrasse et m’endors nu à même le carrelage.
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